Kurt à la barre de son bateau

Objectif devenir riche

Témoignage de Kurt B., entrepreneur

Pendant 16 ans, tout ce que Kurt B. touchait se transformait en argent. Du jour au lendemain, les difficultés apparurent. Une fortune évaluée à 30 millions se changea en une montagne de dettes de 50 millions. La dégringolade avait commencé – et avec elle, un changement de vie imprévu.

« Quand je serai grand, je serai riche. Immensément riche ! »

Le vœu ne collait pas vraiment avec le petit garçon - pantalons élimés et chaussures mal ajustées - qui le prononçait. Sur le chemin de l’école, il avait sorti de l’enveloppe son bulletin d’inscription au camp. C’est alors qu’il vit la croix tracée par ses parents dans la case « demande de subvention ». Il avait honte. Aller en camp avec l’école? Il n’en avait plus envie. A la maison, il raconta à son père comment il avait décidé de faire fortune. Son père l’écouta et réfléchit. Lui-même était le fils illégitime d’un riche industriel. Il n’avait toutefois jamais bénéficié d’une instruction qui le mène plus loin qu’un apprentissage de coiffeur. La guerre éclata en effet lorsqu’il le termina. Comme la plupart des gens se coupaient les cheveux tout seuls, il devint auxiliaire. Il se maria et eut cinq fils. Le salaire suffisait pour vivre, mais à peine. L’achat d’une voiture ou le financement d’un camp avec l’école dépassait le budget familial. Le père pouvait donc bien comprendre que son fils, troisième du nom, s'irritât constamment d’avoir à porter les habits et les chaussures de ses deux frères aînés.

Départ en flèche

Le garçon s’appelait Kurt B. A l’âge de 26 ans, il vint s’installer en Suisse romande et fonda sa propre entreprise avec son frère. A 28 ans, il possédait déjà son premier million. Ce spécialiste en marketing et publicité qu’il était avait trouvé un champ d’intervention dans la construction où il fut bientôt semblable à un loup dans la bergerie. L’entreprise de construction « B. frères SA » prit sous son aile une entreprise de peinture et une entreprise spécialisée dans l’assainissement du béton, qui devinrent ses filiales. Une entreprise générale et une entreprise de gestion immobilière finalisèrent le groupe. Installée à Nyon, l’entreprise s’étendit à Genève, Lausanne et Martigny en Valais. Kurt B., actionnaire majoritaire, cumulait également les charges de président du Conseil d’administration et directeur général d’union personnelle. A titre privé, il spéculait dans l’immobilier et prenait des risques à hauteur de plusieurs millions. Il engrangeait ainsi des gains considérables et fournissait sans arrêt de nouveaux mandats à son groupe d’entreprises. Le système fonctionnait bien, les caisses étaient pleines. Kurt gagnait sa vie comme promoteur, entrepreneur général, chef de chantier et agent immobilier. Sa fortune privée atteignit cinq millions, dix, vingt-cinq…

A Nyon, le nouveau magnat des constructeurs était surnommé en cachette « le grand B. ». Il s’employait à faire rayonner son image de marque. Sur le lac Léman, son yacht de deux tonnes céda la place à un yacht de neuf tonnes, puis à un autre de douze tonnes. Lors de la construction du nouveau siège de l’entreprise, il fit aménager une cave à vin climatisée, d’une capacité de 100 000 bouteilles. Il acheta par palettes entières d’excellents crus de Bordeaux dont les factures comportaient souvent des montants à six chiffres.

Jusque tout en haut

Dans l’intervalle, les gens de la bonne société cherchaient à rencontrer celui qui avait transformé en l’espace de quinze ans une boîte de 2 personnes en un groupe d’entreprises comptant 300 personnes. On l’invita jusque dans les milieux financiers les plus élevés. En réponse à une sortie de golf amicale en hélicoptère privé à Monaco, Kurt proposait une dégustation de vins extraordinaires. Des grands crus sélectionnés pour un montant d’environ 30 000 francs la bouteille attendaient dans un local de dégustation entièrement tapissé de granit noir du Brésil.

Chaque année, lorsque le magazine Bilanz publiait les noms des 250 Suisses les plus fortunés, Kurt rageait d’y trouver certains « fils à papa », comme il les appelait. Ils ne devaient leur grandeur qu’à leur patrimoine; depuis le berceau déjà, ils faisaient partie d’un réseau de relations extrêmement étendu. Mais lui, le fils d’un simple auxiliaire les rattraperait, et les dépasserait – définitivement. Demain plutôt qu’après demain.

L’empire se lézarde

Kurt devant des colonnes

En 1989, le Conseil Fédéral édicta l’arrêté fédéral urgent contre la spéculation immobilière. Du jour au lendemain, il fut interdit de vendre des maisons à défaut d’en avoir été le propriétaire pendant au moins cinq ans. Cette réglementation toucha la clef de voûte du promoteur immobilier. Les banques, qui avaient financé des projets de construction jusqu’à plus de 100% de leur valeur réévaluèrent les fonds immobilisés et revirent les montants à la baisse. Les intérêts hypothécaires grimpèrent en flèche, la limite des montants encaissables pour les crédits de constructions fut baissée. Kurt ne parvint plus à vendre ses maisons aux finitions coûteuses. De plus, avec la crise immobilière, le choc ne put être résorbé par des locations. Les commandes provenant de son activité de promoteur commençant sérieusement à diminuer, ses propres entreprises de construction se trouvèrent en difficulté de paiement, dès lors que les intérêts devenaient exigibles.

Tandis que son réseau d’entreprises se lézardait, Kurt B. fit la connaissance d’un associé qui venait d’acheter du terrain pour y construire une église. Cet homme s’appelait Otto R. Il ne se bornait pas à réciter des versets bibliques, mais pouvait répondre à des questions pointues en justifiant son mode de gestion à l’aide d’exemples tirés de la Bible. L’homme d’action qu’était Kurt fut impressionné. Otto R. lui offrit une Bible: « Vérifie ce qu’il y a là dedans », dit-il. « Si ça ne marche pas, je jette ce livre », l’avertit Kurt. « D’accord ».

La suite c'est par


© Campus pour Christ | Accueil | Haut de la page