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Ce qu'est la Bible pour moi

Gandhi M., aujourd'hui à la retraite a été infirmière en Angola, puis en Guinée. |
J'ai eu le privilège de travailler durant vingt ans comme infirmière en Angola, avec l'Alliance Missionnaire Évangélique. Ce fut passionnant. Les dernières années, à cause de la guerre civile et de la guérilla, je me suis trouvée unique missionnaire sur une station où j'avais la responsabilité d'un petit hôpital, le seul à fonctionner pour une immense région. Les rebelles de l'UNITA nous avaient promis qu'ils ne toucheraient jamais à notre mission. Or, une nuit de Noël, tout a basculé, ils étaient là et ont tout saccagé. Mes infirmières angolaise ont été massacrées, et j'ai échappé miraculeusement à la machette déjà levée au-dessus de ma tête. |
Attachée à une corde, je fus emmenée de chez moi pieds nus et en chemise de nuit par une trentaine de militaires. Nous partîmes dans la brousse; je n'ai pas pu emporter quoi que ce soit. Début d'un cauchemar. Que de questions : pourquoi moi? Était-ce une punition?... Face à la peur de l'inconnu, suite aux récits terrifiants entendus, je leur ai demandé de me tuer, mais au moyen d'une balle, pas à la machette. Ils refusèrent, heureux de faire souffrir une blanche. |
Arrivés dans une de leurs bases, j'ai bénéficié d'un peu de repos. Mais on m'a bientôt informée que je devais repartir, à pied. J'ai bien reçu quelques vêtements, mais toujours pas de souliers. J'ai également demandé un exemplaire de la Bible, car j'ai l'habitude de la lire quotidiennement. Ils en trouvèrent une en oumboundou. Heureusement, je connaissais cette langue. Alors que je remerciais le militaire qui me l'avait remise, il me tendit une vieille paire de lunettes : « En as-tu besoin? » Je n'en revenais pas, je ne les avais pas demandées, et pourtant, j'en avais besoin pour lire. La monture n'était pas ajustée, mais les verres étaient corrects. Quel clin d'œil du Seigneur! |
C'est dans la Bible que j'ai pu puiser chaque jour les forces nécessaires pour tenir le coup. Elle m'a accompagnée, consolée, réconfortée, rassurée. Elle m'a aussi remise en question face à la révolte et à la haine que j'éprouvais à l'endroit de mes ravisseurs. Après beaucoup de luttes intérieures, j'ai pu vraiment leur pardonner. Et j'ai reçu la paix pour accepter cette situation, certaine que Dieu saurait en faire sortir du bon. Je m'associai à cette prière : « Père, je ne te comprends pas, mais je te fais confiance ». |
J'appris peu après du chef des rebelles que mon sort serait décidé au quartier général de l'UNITA, qui se trouvait, ni plus ni moins, à l'autre bout de l'Angola. Cela dépassait l'entendement : on devait m'escorter, à pied, à l'extrémité d'un pays 33 fois plus grand que la Suisse. Le voyage, appelé à durer trois à quatre semaines, devant s'effectuer sans souliers!... Assise sur mon balluchon, dépitée dans l'attente du départ, je pris ma Bible pour ma lecture quotidienne. Je tombai alors sur le passage de l'Exode (23, 20) où Dieu dit : « Voici, j'envoie un ange devant toi pour te protéger en chemin et pour te faire arriver au lieu que j'ai préparé ». Je n'en croyais pas mes yeux : « Seigneur, comme tu es bon... » Tout de suite, je me suis approprié ce verset, et je peux affirmer que cet ange a véritablement marché avec moi. Et il a eu à faire, en permanence, car je ne sais combien de fois j'ai frôlé la mort tandis que nous traversions des zones dangereuses : marches forcées sous un soleil de plomb ou sous les averses tropicales, à travers des rivières et des marécages, le plus souvent de nuit, en fugitifs... pendant 7 mois.
Oui, 7 longs mois au lieu des 3 à 4 semaines prévues, car (entre-autre) nous devions passer la ligne de front. |
Nous sommes finalement arrivés : qu'allaient-ils décider? Me tuer, comme certains le pensaient, ou m'employer comme infirmière? Non, ce fut la libération! Dans l'avion qui me ramenait en Suisse, le 1er août 1978, je ne marchais plus, je volais... Incroyable. Je ne pouvais assez remercier le Seigneur de cet ange qu'Il m'avait envoyé, selon Sa promesse. Cet ange qui m'avait protégée, non seulement des balles, des animaux féroces, mais aussi des maladies, des accidents, de la dépression... La Bible a été la Parole Vivante qui m'a gardée en vie. Grâce à elle, j'ai marché 3200 kilomètres à pieds nus, avec un ange qui me traçait le chemin. |
Après cet épisode difficile, Gandhi est retournée en Afrique afin de continuer son travail comme infirmière et formatrice. Elle a servi jusqu'à sa retraite en Guinée. |
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